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belette | 30 juin 2010 | Aucun commentaire

Le stress pré-roulage, ou, comment se préparer à une balade à moto ?

Quand, tranquillement installés sur les moelleux sièges cuir de votre Kangoo toutes options, avec la climatisation bidirectionnelle qui recréée une charmante brise printanière sur vos joues d’Homme tandis qu’elle rappelle un voile de chaleur échappé d’un délicieux feu de cheminée sur celles de Madame (hé oui, les hommes ont toujours chaud, les femmes toujours trop froid) (je précise que le kit anti-brouillard est de série sur le Kangoo contrairement à certaines Alfa Roméo dont nous ne citerons pas le nom), bref, quand, comme tout usager de la route dans votre voiture, l’œil vif, vous rendant chez tante Yvette pour le repas dominical, vous croisez du regard un motard, si vous prenez le temps d’observer cette curieuse espèce à deux roues, vous ne vous imaginez pas que, tout comme vous, ami usager de la route, le motard s’est longuement préparé avant de partir rouler.

Lui aussi a revêtu ses habits de lumière pour être beau pour tante Yvette, lui aussi a vérifié la pression des pneus, la propreté et le fonctionnement de ses optiques de phares, le niveau d’huile, d’essence, etc etc etc. Bon je vais pas vous refaire les 3 x 5 vérifications à faire systématiquement selon l’examen du permis A… mais le cœur y est.

MAIS ce qui nous différencie certainement un peu les uns et les autres, c’est que les motards partent en balade, pour se faire plaisir et pour découvrir de nouveaux graviers qu’ils n’avaient pas vus la dernière fois dans le col du Rousset, tandis que vous partez en terrain désespérément connu de la tonnelle de jardin de tante Yvette.

Ils sont cependant tout à fait conscients de tous les dangers de la route, mais aussi des dangers inhérents à leur situation spécifique de « deux-roues ». Pendant que vous n’avez qu’à penser à faire taire les enfants qui braillent sur le siège arrière, à étriper Madame qui ne sait pas lire une carte routière, ou simplement à vous demander si tante Yvette a encore pour la trentième fois de l’année préparé sa blanquette pas bonne, nous les motards, on veut se faire plaisir, mais en même temps on est tout stressés.

Enfin pour ma part. Ben oui, je débute à moto, alors moi la blanquette, comprenez bien que c’est le cadet de mes soucis.

On stresse de ne pas tomber, à l’arrêt, en roulant, de rouler assez vite, mais pas trop, et encore un millier d’autres choses.

Donc, pour éviter le stress rien de tel qu’une bonne préparation avant de partir.

Je pense qu’il est extrêmement important de savoir rester chez soi quand on n’est pas en condition de rouler. Combien de fois faudra-t-il répéter que bon sang, on fait pas du tricot !

Je vais donc vous livrer ma recette pour la réussite d’une excellente préparation pré-roulage, ou plutôt vous décrire comment ça se passe à la maison, et vous y trouverez vous-même comment distinguer des trucs et astuces efficaces au milieu des rituels chronophages et monomaniaques, vous qui n’avez aucune idée de ce que c’est et qui croyez naïvement que être motard c’est juste un état d’esprit. Vous qui vous dites « qu’est-ce qu’ils sont beaux et sereins ces motards » quand on est côte à côte au feu rouge. Vous croyez presque que c’est facile, hé bien non, c’est beaucoup de travail !

Tout d’abord, le réveil sonne. Hé oui, c’est le week-end mais le réveil sonne. Mais contrairement à un jour de semaine, vous ne vous levez pas trois quart d’heure après la première sonnerie, non, cette fois une demi-heure vous suffit car, cette fois, vous êtes motivé. Fatigué, mais motivé.

Pendant cette demi-heure de demi-sommeil vous avez le temps de vous poser 50 milliards de questions : quel temps fait-il ? Ai-je conservé l’usage de mes jambes, bras, mains, doigts, doigts de pied depuis hier soir ? Où va-t-on rouler ? quel temps fait-il ? Suis-je forme ? Où va-t-on rouler ? L’itinéraire sera-t-il difficile ? Vais-je réussir à enrayer la crise internationale ? Suis-je en forme ? Y aura-t-il des épingles sur la route ? Des graviers ? Des chèvres ? Des cyclistes ? Des caravanes ? Des campings cars ? Si oui, combien, et à quels endroits ?

Bon c’est pas tout ça mais si vous vous leviez, vous pourriez d’un coup d’un seul répondre à au moins 50% des questions à savoir : le temps qu’il fait, la forme, l’usage de tous vos membres y compris le petit riquiqui du pied droit, et décider pour les 50% restants à savoir : où on roule et tout ce qui s’y ramène. Pour la crise internationale, joker.

La première des choses à faire une fois les deux pieds sur le sol, et particulièrement pour vous Mesdames, c’est d’aller faire pipi. OUI, on ne saura jamais assez vous le répéter, une vessie vide est un stress de moins, pour vous, et vos charmants accompagnateurs. Et vu que votre départ est imminent, plus tôt on s’attèle à la tâche, plus on a de chance d’y parvenir.

Une fois la chose faite, on file à la douche.

On prend le temps de se frotter du sol au plafond

On n’oublie pas qu’une épilation impeccable peut vous sauver la vie : si vous imaginez que les éventuels pompiers qui pourraient éventuellement avoir à découper votre pantalon de cuir pour panser votre éventuelle fracture ouverte du tibia ont envie de se retrouver nez-à-nez avec le yéti…. Non pas que je remette en cause la bravoure et le courage dont peut faire preuve ce respectable corps de métier, mais moi à leur place, je refuserais de soigner une peau qui ne soit pas nette et bien entretenue, un point c’est tout, on n’est pas des bêtes non plus !

On insiste bien sur la partie haute, très haute du corps à savoir la tête, élément incontournable du lavage puisque c’est là que s’y passe l’essentiel de votre activité de motard (sauf pour ceux qui débranchent leur cerveau pendant ce que nous appelons communément l’arsouille) (si on vous l’a pas encore dit, on ne vous le dira jamais assez non plus : c’est tout dans la tête !)

Les cheveux, on frotte bien, on lave bien, on fait mousser, on rince bien et à l’eau froide de préférence mais on n’est pas dans la rubrique beauté de Cosmo donc je vous passe les détails.

On n’est pas coquette mais on n’oublie pas qu’on va mariner dans un espace clos pendant au moins 80% de la journée donc on applique soigneusement sa crème de jour.

On s’habille. Ca n’a l’air de rien mais c’est un moment crucial. Hé oui parce que suivant où on va, il faut savoir quoi porter. Et le temps joue également une part importante dans cette grande décision. Comme quoi on a bien fait de se poser toutes ces questions pendant une demi-heure ce matin ! Bref, on décide qu’on peut bien rester en débardeur et culotte un moment. Quoi que, on pourrait mettre son pantalon, mais comme on vous a dit dans le paragraphe précédent, une vessie vide est un stress de moins, ce sera donc plus efficace de rester en culotte.

Bon, une fois qu’on a terminé la première partie de l’habillage stratégique et le ravalement de façade, on peut entamer la partie franchement ardue du boulot, à savoir la coiffure.

Ne commencez pas par céder à la tentation et prendre votre téléphone pour prendre un rendez-vous SUR-LE-CHAMP chez votre coiffeur pour une boule à zéro en repensant avec les yeux humides à toutes les larmes que vous avez versées la dernière fois que vous avez essayé de vous démêler les cheveux en rentrant d’une balade au cours de laquelle votre élastique s’est fait la malle. NON, vous êtes plus forte que ça. Vous prenez votre peigne et entreprenez de vous faire deux jolies nattes de chaque côté de la tête, qui vous donnent un air stupide de carnaval : OUI on dirait une élève de première section maternelle qui s’est déguisée en Pocahontas, ET ALORS ?!

Une fois que tout est fait, il est temps de déjeuner. Tous les nutritionnistes et autres docteurs vous le diront, le secret d’une bonne forme physique c’est un bon petit déjeuner, riche en vitamines, minéraux, fibres et autres saletés. Oui, mais vous, vous êtes stressée, vous n’avez pas faim. D’ailleurs vous n’avez JAMAIS faim le matin. Et vous savez pertinemment que quoi que vous fassiez, j’entends, que vous mangiez ou pas, vous serez terrassée par la faim précisément une demi-heure après votre départ, juste quand on aura quitté toute trace de vie humaine et donc d’arrêt possible.

Donc vous vous forcez à avaler difficilement deux maigrelettes tranches de quatre-quarts industriel que vous mâchez laborieusement en vous demandant s’il ne va pas prendre dur dans vos bajoues.

Autre élément important du petit déjeuner : le liquide. Par définition pénible puisque vous êtes une femme, vous ne buvez que du thé au petit matin. Pas de café c’est pas bon. Pas de lait c’est caca. Pas de jus d’orange parce que vous avez oublié d’en acheter et que c’est pas le moment d’en presser 2 parce que ça fait de la vaisselle et qu’on n’a pas le temps de laver tout le bastringue avant de partir.

D’ailleurs vous êtes déjà en retard.

Tout en sirotant la quantité de thé que vous avez jugée adéquate pour ne pas trop remplir votre vessie mais tout de même suffisante pour vous aider à évacuer vers l’estomac ces deux horribles tranches pâteuses de quatre-quarts, vous interrogez l’homme sur le parcours s’il n’a pas déjà été défini au préalable, soit par intervention extérieure (oui, les motards se réunissent en groupe, et au milieu de la meute, le chef de clan prend la responsabilité de préparer l’itinéraire de sorte que les autres participants, bien heureux de ne pas à avoir à répondre seuls à la question : où on va encore ? puissent par la suite critiquer ce même itinéraire qu’ils avaient pourtant choisi de suivre en connaissance de cause), soit par engueulade conjugale (on va pas encore faire le Rousset ? Non, je te dis qu’on a qu’à partir vers le Vercors pis on fait un tour et on verra bien ! Oui pis quand on sera à 30 bornes du Rousset ben forcément qu’on va le faire ! Bon ben on n’a qu’à aller au Rousset ! ok ! ok !)

Bref, vous demandez pour la 50ème fois où on va, même si vous le savez, parce que vous voulez avoir le temps de bien stresser avant sur toutes les éventuelles difficultés du parcours. Une fois la topographie du parcours visualisée, vous allez terminer votre thé sur le balcon,(hé oui en culotte Madame mais vous vous en fichez parce qu’à cette heure-ci les voisins dorment encore mis à part les pauvres malheureux qui ont eu l’idée de se reproduire, mais ceux-là ont déjà le nez dans les couches sales), pour évaluer par vous-même l’ensemble des conditions atmosphériques présentes et futures, afin de décider de combien de couches vous allez mettre entre votre cuir et votre culotte/débardeur, puis la nature de ces couches : polaire, respirant, ducati, pas ducati.

Vous terminez, rincez votre bol puis courrez à la panière à linge sale pour chercher les habits que vous avez décidé de mettre, bien qu’ils soient sales.

Vous vous en voulez alors. Prise de remords, vous décidez de mettre une lessive en route.

Non, vous décidez de réfléchir. Ou de vous changer. Vous êtes incapable de prendre une décision car vous êtes en retard et vous pensez à tous ces petits cailloux qui pourraient vous attendre dans l’avant dernier virage du rousset au kilomètre 13. Vous décidez de mettre votre pantalon. Puis vous décidez de faire pipi avant de mettre votre pantalon. Vous mettez votre pantalon et vos bottes.

Vous passez en revue mentalement toutes les choses que vous auriez pu avoir oubliées. Comme vous n’arrivez pas à vous concentrer (toujours ces petits cailloux) vous videz le sac à dos sur le canapé.

Vous avez le plus important :

Votre carte vitale pour tout éventuel baptême d’hélicoptère

Vos permis de conduire, carte grise, carte d’assurance pour tout éventuel contrôle de police

Votre passeport (non pas que vous partez à l’étranger, mais c’est comme ça)

Votre carte bleue pour éviter toute éventuelle panne sèche ou crise d’hypoglycémie (rappelez-vous, dans une demi-heure vous serez morte de faim)

Vos mouchoirs en papier pour toute éventuelle inhalation inopinée de mouche dans le casque

Votre porte monnaie pour la monnaie de Loulou (vous n’avez jamais de monnaie, il n’a jamais de porte-monnaie, oui, vous êtes faits pour vous aimer)

Votre paquet de cigarettes pour toute éventuelle pause

Votre briquet

Votre deuxième briquet pour toute perte ou vol de premier briquet

Votre deuxième paquet de cigarettes pour tout éventuel manque de cigarettes

Votre clé de la moto, du garage, de la maison, de l’antivol…. Un trousseau différent par clé bien entendu pour être sûr de ne pas tout perdre en même temps, mais aussi pour être sûr d’en fourrer un dans chaque poche du sac et ne jamais retrouver le bon au moment opportun

Vous vérifiez votre casque. Vous vous maudissez d’avoir été trop fatiguée la dernière fois pour le nettoyer en rentrant de balade, c’est pas comme si on avait le temps de le faire maintenant. Et ben si, on le fait maintenant.

Pis tant qu’on y est on met un coup de poupounette sur le cuir, ça mange pas de pain.

Pis comme ça Loulou a le temps de charger de sac de sorte qu’il pèse le triple de son poids initial.

Bon ben voilà il reste plus qu’à zipper le pantalon à la veste pour être sûre que si votre vessie explose il n’en sortira aucun morceau de nulle part.

Ah ben tiens, en parlant de vessie, vous avez une dernière fois drôlement envie de faire pipi.

Mentalement vous vous repassez très rapidement (pour habituer votre esprit à analyser les données de manière très réactive, en guise de préparation mentale à une journée de pilotage) assise sur les toilettes : l’itinéraire et ses difficultés, les choses à ne pas oublier (merde, la carte Michelin !), le fait de ne pas faire de lessive….

Ah vous avez oublié de vous brosser les dents, toute stressée que vous étiez. Vous filez à la salle de bains et y restez les trois minutes indiquées, en insistant bien sur les molaires et sur votre nouvelle dent de sagesse qui vient de poindre, tout en vous rappelant du bien-fondé du brossage de dents : vous allez rester en tête à tête avec votre bouche dans un espace confiné une bonne partie de la journée, autant qu’elle sente la menthe au moins jusqu’à la première pause cigarette !

Vous prenez la carte Michelin, redonnez à boire au chat avant de partir, stressez un peu, fermez la maison et …. En route vers… le GARAGE !

Vous avez les jambes qui tremblent, et des papillons dans le ventre. Habituellement vous préférez juste avoir à nettoyer les papillons écrasés sur votre visière. Vous aimeriez qu’elles se barrent ces sales bestioles. C’est normal. Vous êtes stressée parce que vous savez qu’à partir de maintenant, plus question de faire pipi avant au moins une heure. Et aussi accessoirement parce que vous avez peur de vous vautrer lamentablement avec votre moto en sortant du garage. Ou peut-être même avant, dans la grande et interminable descente en tournicottis.

C’est bien de stresser, au moins vous n’avez pas conscience qu’avec vos nattes et votre combinaison intégrale, les gens dans la rue ne se retournent pas pour vous admirer mais bien pour se moquer de votre accoutrement grotesque de pilote à pieds.

Plus vous progressez vers le garage, et plus vous commencez à avoir chaud avec votre sac à dos, votre casque en mains, vos gants, votre tour de cou en polaire que vous avez absolument tenu à mettre dès la sortie de votre appartement, même si oui, il fait déjà 25°C ce matin. Vous pensez qu’il ne sert à rien de stresser puisque vous aurez probablement fondu avant d’arriver à ouvrir la porte du garage !

Et finalement, se produit ce qu’il se produit toujours dès que le moteur démarre : les papillons s’envolent et vous arrêtez de réfléchir, comme si tout devenait évident une fois les deux pieds bien posés sur les cale-pieds !

Donc si vous avez bien suivi, la grande astuce du jour pour bien préparer sa balade, et bien gérer son stress, c’est de savoir stresser intelligemment, de manière ritualisée, toujours dans le même ordre. Et de savoir que le stress c’est tout dans la tête, c’est bénéfique, mais à condition de l’avoir avant de monter sur sa belle, et pas une fois qu’on a les fesses dessus !

La prochaine fois je vous raconterai comment ça se passe quand on rentre de balade…


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